Peter Fontaine, administrateur délégué des Cliniques de l’Europe à Bruxelles, compare les résultats du baromètre hospitalier de Hospitals.be aux recommandations formulées mi-décembre par un groupe d’experts sur l’avenir du paysage hospitalier. Ce rapport a été réalisé à la demande de la Conférence interministérielle de la Santé publique (voir : recommandations du groupe d’experts).
Proximité
Le sondage de Hospitals.be montre que la population et les patients sont très satisfaits des hôpitaux et leur font largement confiance. Ils s’attendent également à ce que les hôpitaux soient très proches. « L’avis des experts plaide en faveur d’une consolidation et d’une centralisation, non pas des hôpitaux mais des sites hospitaliers, ce qui va quelque peu à l’encontre des besoins de la population, comme le montre l’enquête », explique Peter Fontaine. « La population accorde une grande importance à l’accessibilité. Il est important de mettre en balance tous ces éléments. Il apparaît alors clairement que nous devons nécessairement trouver un équilibre entre proximité, accessibilité, spécialisation, qualité et volume, charge de travail du personnel et des médecins. Et tout cela dans le cadre des permanences, de l’accessibilité financière globale et de l’efficacité. »
Le soutien aux fusions s’effrite, comme le montre une comparaison avec le baromètre précédent. Le directeur général des Cliniques de l’Europe souligne toutefois la réalité. « Nous sommes tout simplement poussés vers des consolidations. Cette tendance est en partie très certainement d’ordre financier : organiser les soins et les permanences à différents endroits coûte de toute façon plus cher. Mais un certain nombre d’évolutions dans le domaine médical y contribuent indéniablement aussi. Elles sont gourmandes en capitaux et les spécialisations et sous-spécialisations croissantes rendent l’augmentation d’échelle et la consolidation inévitables. Encore une fois, il s’agit donc vraiment de trouver un équilibre », explique Peter Fontaine.
Un forum trop large
Peter Fontaine salue l’initiative de Hospitals.be. « La méthodologie de l’enquête est très bonne, le fait de mener cette enquête est important et, comme il s’agit d’une deuxième édition, nous pouvons comparer les résultats et observer les évolutions. C’est également très positif. Le baromètre donne une image globale. L’enquête permet de clarifier la perspective de la société sur le paysage hospitalier », explique le directeur général.
« Les résultats », poursuit-il, « s’écartent fortement de ce que nous observons quotidiennement sur Google et sur les réseaux sociaux. Pour les hôpitaux pris individuellement, on n’y voit que deux choses : les gens sont soit très satisfaits, soit très insatisfaits. L’enquête montre pourtant que le groupe des insatisfaits est en réalité très restreint et qu’il n’augmente pas. Cela implique qu’un groupe non représentatif de mécontents bénéficie d’une tribune trop large. D’un point de vue social, c’est un problème au regard de la confiance des autres utilisateurs dans nos hôpitaux. »
Félicitations aux collaborateurs
Les résultats individuels montrent que les hôpitaux sont « d’une importance sociale incroyable », estime Peter Fontaine : « Au cours des deux dernières années, 85 % des personnes ont eu au moins un contact avec un hôpital, beaucoup même bien plus d’une fois. Il est donc clair qu’il faut trouver un équilibre. On ne peut pas sortir ce secteur de la société pour le centraliser ou le regrouper ailleurs. »
L’administrateur délégué des Cliniques de l’Europe se réjouit également de l’excellent score obtenu par les personnes qui travaillent sans relâche sur le terrain.
« En effet. Un grand bravo à nos collaborateurs et à nos médecins. Les soins sont une affaire humaine et dépendent des individus. Ce sont eux qui doivent les concrétiser jour après jour, à chaque contact. Et malgré un contexte assez difficile, les résultats sont globalement très bons. La société, les patients et la population sont satisfaits. »
IA et soins ambulatoires
Selon Peter Fontaine, le fait que les gens aient une attitude relativement positive envers l’intelligence artificielle mérite d’être nuancé. « Les soins resteront toujours des soins. Les outils numériques peuvent aider à soutenir les soins, mais on observe une nette division. Un groupe est absolument favorable à la numérisation, tandis qu’un groupe presque aussi important y oppose une résistance. La situation évolue toutefois. Et ce qui est surprenant dans les résultats détaillés, c’est que Bruxelles est très ouverte – et bien plus que les autres régions – à la télésurveillance. Il y a peut-être un lien avec les problèmes de mobilité dans la capitale. Mais quoi qu’il en soit, nous allons devoir mettre en œuvre de nouvelles technologies numériques pour soutenir les soins. Cela profitera à tout le monde. »
Par ailleurs, Peter Fontaine observe une tendance à la dispensation de soins hospitaliers en dehors des hôpitaux. « Le nombre de contacts aux urgences et en consultation augmente, tandis que le nombre d’hospitalisations diminue. La médecine le permettant, les soins deviennent plus ambulatoires. La multiplication des centres ambulatoires et des traitements rapproche les soins des gens, cela peut même se faire à domicile. Mais pour l’instant, cela se heurte encore à la réalité sur le terrain. Comme le financement ne suit pas, il n’y a encore que très peu d’initiatives qui soutiennent cela. Pourtant, cela peut constituer une partie de la solution, les experts le recommandent également. »
Points à surveiller
Plusieurs défis mettent le secteur sous pression. Peter Fontaine : « Il est par exemple important de maintenir en permanence l’équilibre entre des soins de très haute qualité et une approche humaine et personnalisée. Un deuxième défi est la pénurie de personnel. Les résultats en matière de satisfaction restent bons. On commence toutefois à sentir qu’ils entrent progressivement en conflit avec les besoins en soins et les attentes croissantes des patients. Là aussi, nous devons trouver un équilibre à l’avenir. Il est donc vraiment important de suivre les effets de tout cela via une enquête. » Enfin, le baromètre montre que les gens sont un peu moins satisfaits de deux aspects des soins hospitaliers. L’accessibilité financière en fait partie. Peter Fontaine : « Aujourd’hui, ce n’est pas encore un gros problème, mais nous devons effectivement garder cela à l’œil. L’accessibilité, non pas l’accessibilité physique de l’hôpital, mais la rapidité avec laquelle les patients peuvent obtenir un rendez-vous, pose parfois problème. L’accessibilité financière et les listes d’attente sont certainement deux points opérationnels que nous devons au moins surveiller », conclut l’administrateur délégué des Cliniques de l’Europe.